Velours Nobilis, Pierre Frey, Lelièvre : quelle différence ?

Velours Nobilis, Pierre Frey, Lelièvre : quelle différence ?

Sur notre fauteuil Romance en laque noire, passer du velours aubergine au Velours Faon de Nobilis fait monter le prix de 2 300 € à 5 000 €. Le dessin ne change pas, la mousse ne change pas, le tapissier ne change pas. Le tissu, si. C'est la question qu'on nous pose le plus souvent au téléphone, et elle est légitime : velours Nobilis, Pierre Frey, Lelièvre ou Dedar, quelle différence avec un velours de chaîne à 25 € le mètre ? La réponse tient en quatre points : la fibre, la densité du poil, la façon dont le tissu est teint et tissé, et la façon dont il vieillit. Voici ce que nous avons appris en garnissant des assises avec les deux.

Quatre maisons, quatre histoires

On met souvent ces noms dans le même sac. Ils se ressemblent peu.

Nobilis est née en 1928, dans une boutique du 29 rue Bonaparte, fondée par Adolphe Halard. La maison est toujours dirigée par la famille (Norman Halard la préside aujourd'hui) et revendique environ 5 000 références en stock, tissus, papiers peints, tapis. Le Velours Faon que nous utilisons vient de sa collection Boudoir : un velours à motif inspiré d'une peau de faon, tissé selon la maison sur des métiers anciens dans une démarche semi-artisanale.

Pierre Frey date de 1935. C'est un groupe familial qui a racheté dans les années 1990 des maisons historiques : Braquenié, Le Manach, Boussac, Fadini Borghi. Leur force, c'est l'archive et la couleur. Leurs velours de mohair sont parmi les plus demandés par les décorateurs parisiens, et la maison était encore présente à la Paris Design Week ce mois-ci, à côté d'Élitis et de CMO.

Lelièvre est la plus ancienne des quatre et la plus spécialisée dans le velours. Henri Lelièvre fonde la maison le 1er juillet 1914 en reprenant Piquée et Logerot, un atelier de velours. Velours de mohair, de laine, de coton, de lin, puis velours de soie créé par Paul Lelièvre en 1942. En 1997, Lelièvre reprend Tassinari & Chatel, la soierie lyonnaise qui garde encore un atelier de métiers à bras rue Janin, à la Croix-Rousse.

Dedar est italienne, fondée en 1976 près de Côme, familiale elle aussi. Elle a fourni les tissus d'ameublement d'Hermès entre 2011 et 2020, ce qui en dit long sur son niveau. Son velours de coton Adamo & Eva est probablement le velours uni le plus utilisé dans les projets d'architectes en Europe : 100 % coton, tissé en Italie, 140 cm de large, plus de soixante coloris, 50 000 cycles au Martindale.

Ce qu'un velours de maison change

Un velours, c'est un tissu de fond dans lequel on dresse un poil. Tout se joue dans ce poil : sa fibre, sa hauteur, sa densité, et la manière dont il est coupé et fixé.

Prenez le Velours Faon de Nobilis. Fiche technique publique : 76 % viscose, 12 % coton, 12 % polyester, avec un poil 100 % viscose, 135 cm de laize, 1 090 grammes au mètre linéaire, 50 000 cycles au Martindale, raccord de 67,5 cm sur 63 cm. Plus d'un kilo au mètre, c'est lourd. C'est ce poids que vous sentez quand vous passez la main dessus : le poil est dense, il se couche et se relève, il prend la lumière différemment selon l'angle. Un velours de polyester à 25 € le mètre pèse souvent la moitié, avec un poil court et une brillance uniforme qui ne bouge pas quand vous bougez.

La deuxième différence, c'est la teinture. Les maisons teignent souvent en fil ou en pièce avec des bains profonds, ce qui donne des couleurs qui ont de la matière : un aubergine qui tire vers le brun dans l'ombre et vers le rouge au soleil. Un velours industriel donne une couleur plate. Sur une photo de site marchand, les deux se ressemblent. Dans un salon à 18 heures, non.

La troisième différence est moins glorieuse : la largeur et la coupe. Un velours de maison arrive en 135 ou 140 cm de laize, avec un sens du poil que le tapissier doit respecter sur toutes les pièces d'un fauteuil. Le raccord d'un motif comme le Faon oblige à prévoir plus de métrage. C'est une partie de l'écart de prix entre nos deux fauteuils Romance : le tissu coûte plus cher, et il en faut plus.

Velours Nobilis ou Pierre Frey : quelle différence avec un velours de chaîne, en chiffres

Pour lire un tissu, vous avez besoin d'un seul chiffre au départ : le Martindale. C'est un test d'abrasion normalisé (BS EN ISO 12947-2) : on frotte le tissu contre une laine standard avec un mouvement en forme de huit, et on compte les cycles jusqu'à ce que deux fils cassent ou que le poil soit usé. Les seuils communément admis dans la profession, d'après le guide de spécification publié par Kothea, sont les suivants.

  • Moins de 10 000 cycles : décoratif, coussins, tissus qui ne frottent pas.
  • 10 000 à 15 000 : usage domestique léger.
  • 15 000 à 25 000 : usage domestique courant, le canapé du salon, les chaises de la salle à manger.
  • 25 000 à 40 000 : domestique intensif, contract léger.
  • 40 000 et plus : contract, hôtels, restaurants, bureaux.
  • 100 000 et plus : contract sévère.

Avec 50 000 cycles, le Velours Faon et l'Adamo & Eva sont donc des tissus d'hôtel. Une chaîne de meubles peut aussi afficher 50 000 cycles sur un polyester : la fibre synthétique résiste très bien à l'abrasion. Le Martindale mesure l'usure par frottement, rien d'autre.

Ce qu'il ne mesure pas : la tenue du poil (un velours qui se couche définitivement sous les fesses au bout de six mois a peut-être 60 000 cycles), la résistance à la lumière, les marques d'eau, le boulochage, la manière dont la couleur vire. Un velours de coton dense à 30 000 cycles vieillira souvent mieux qu'un polyester à 60 000, parce qu'il patine au lieu de lustrer. Nous préférons un tissu qui prend des marques nobles à un tissu qui reste neuf et sans intérêt.

Coton, mohair, viscose, polyester : le choix qui compte

Le coton donne un velours mat, chaud, qui marque quand on s'assied et se relève au brossage. C'est le velours des chaises de salle à manger et des fauteuils de lecture. Il n'aime pas l'eau : une tache humide laisse une auréole si on frotte au lieu de tamponner.

Le mohair (poil de chèvre angora) est le velours des banquettes de bar et des sièges de théâtre. Poil raide, brillance sèche, plus de 100 000 cycles sur les bonnes qualités, et une main qui gratte légèrement, ce qui ne plaît pas à tout le monde. C'est le plus cher des quatre, et le seul qu'on peut mettre dans un hall d'hôtel sans réfléchir.

La viscose est une fibre de cellulose régénérée. Elle donne l'éclat le plus proche de la soie, un tombé lourd, une couleur qui change avec la lumière. C'est le cas du poil du Faon. Sa faiblesse est connue : elle craint l'eau et les frottements humides. On la choisit pour un fauteuil qu'on regarde autant qu'on l'utilise, pas pour le canapé où les enfants goûtent.

Le polyester a ses qualités : il ne craint ni l'eau ni les taches, il résiste, il ne coûte rien. Ses défauts sont ailleurs. Il chauffe l'été, il charge en électricité statique, il brille de manière uniforme. Il vieillit sans patiner. Pour un studio loué meublé, c'est un bon choix. Pour un fauteuil à 2 300 € qu'on veut garder vingt ans, nous ne le proposons pas.

Ce que nous faisons, et ce que nous ne faisons pas

Nous ne proposons pas quarante tissus. Sur Cardinal, deux velours, vert et brun, ou la peau de vache. Sur Romance, l'aubergine et l'écru, et le Velours Faon de Nobilis sur la version en laque noire. Ce choix court a une raison : chaque tissu a été testé sur le dessin. Un velours souple se plisse joliment sur l'assise galbée du fauteuil Romance ; un velours trop raide fait des cassures sur la jupe festonnée.

Les écarts de prix sont publics. Une chaise Cardinal vaut 990 € en velours et 1 600 € en peau de vache. Un fauteuil Romance vaut 2 300 € en velours aubergine ou écru et 5 000 € en Velours Faon. Cet écart, c'est le tissu, le métrage supplémentaire pour le raccord du motif, et le temps de tapisserie.

Nous envoyons des échantillons avant commande, et nous vous le conseillons. Un velours se juge dans votre lumière, posé sur votre parquet, pas sur un écran. Si vous hésitez entre deux coloris, demandez les deux. Et si votre projet demande un tissu que nous n'avons pas, dites-le nous : nous répondons vite, et nous dirons franchement si le dessin s'y prête.

Les questions qu'on nous pose

Un velours à 50 000 cycles va-t-il durer vingt ans ?

Le chiffre dit qu'il résistera à l'abrasion bien au-delà d'un usage domestique. Il ne dit rien du soleil, des chats ou d'une tache de vin mal traitée. Un velours de coton ou de mohair bien entretenu (brossage régulier, pas de soleil direct, taches tamponnées) tient vingt ans sans problème. Un velours de viscose demande plus d'attention, c'est le prix de son éclat.

Pourquoi le même velours est-il vendu à des prix si différents ?

Parce que les maisons vendent par le réseau des décorateurs et des tapissiers, avec des tarifs professionnels et des tarifs publics. Le prix affiché sur un site de revendeur n'est pas celui que paie un architecte. Pour vous, le tissu est intégré dans le prix du fauteuil, et ce prix est le même pour tout le monde.

Le velours marque : est-ce un défaut ?

Non, c'est sa nature. Le poil se couche sous la pression et la couleur change à cet endroit. Un coup de brosse douce dans le sens du poil suffit à le relever. Sur un velours de coton, ces marques s'installent avec le temps et font la patine du fauteuil. Si vous voulez une assise qui ne marque jamais, il faut un autre tissu, ou la peau de vache.

Peut-on mettre un velours de maison dans un hôtel ?

Oui, à condition de vérifier deux choses : un Martindale d'au moins 40 000 cycles et un classement au feu compatible avec le lieu (M1 en France pour les établissements recevant du public, EN 1021 pour les sièges). Les maisons citées proposent des versions traitées ou des références contract. Pour un projet de chambres, nous vérifions ces points avec vous avant de lancer la fabrication.

Les velours et les prix sont sur chaque fiche de la collection fauteuils, et les échantillons partent sur simple demande.